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Injections intracaverneuses : Edex, Caverject et alprostadil

Rédigé par Franck · mise à jour 27 octobre 2026 · lecture 6 min

Une injection intracaverneuse consiste à piquer soi-même le côté de la verge avec une aiguille très fine pour déposer de l’alprostadil dans un corps caverneux ; l’érection arrive en 5 à 10 minutes, sans stimulation préalable. En France, le seul produit encore commercialisé en 2026 est l’Edex, le Caverject étant en arrêt de commercialisation depuis le 29 mai 2026. La méthode fonctionne chez une grande partie des hommes que les comprimés n’aident plus, notamment après une prostatectomie ou avec un diabète ancien.

L’alprostadil, une prostaglandine qui court-circuite les nerfs

L’alprostadil est la forme médicamenteuse de la prostaglandine E1. Une fois dans le tissu érectile, il active une enzyme de la cellule musculaire lisse qui fabrique de l’AMP cyclique. Le muscle se relâche, les espaces des corps caverneux se remplissent de sang, les veines de drainage se trouvent comprimées contre l’enveloppe fibreuse de la verge : l’érection se bloque en position haute.

La différence avec les IPDE5 tient en une ligne. Le sildénafil et le tadalafil prolongent un signal (le monoxyde d’azote) que les nerfs libèrent au départ ; sans nerfs fonctionnels, rien à prolonger. L’alprostadil agit en aval, directement sur le muscle. D’où son intérêt chez les hommes dont les nerfs érecteurs ont été coupés ou abîmés : chirurgie de la prostate ou du rectum, radiothérapie du bassin, neuropathie diabétique, lésion de la moelle épinière.

Edex et Caverject : présentations et prix en 2026

Produit Dosages Conditionnement Prix Statut
Edex 10 et 20 µg par cartouche boîte de 2 cartouches à deux compartiments, aiguilles fournies 18,62 € la boîte (honoraire compris) commercialisé
Caverject 10 et 20 µg par flacon flacon de poudre et seringue de solvant 9,85 € la seringue avant l’arrêt arrêt de commercialisation le 29 mai 2026

L’Edex est remboursé à 30 % par l’Assurance maladie, mais uniquement sur ordonnance de médicament d’exception et dans des indications listées : paraplégie ou tétraplégie, traumatisme du bassin avec troubles urinaires, séquelles de chirurgie de l’aorte, de prostatectomie radicale, de cystectomie totale, d’exérèse colorectale ou de radiothérapie abdomino-pelvienne, séquelles de priapisme, neuropathie diabétique avérée, sclérose en plaques. Hors de ces cas, l’ordonnance est classique et le prix reste à la charge du patient.

D’autres pays utilisent des mélanges associant papavérine, phentolamine et alprostadil (le « Trimix » des urologues américains), plus puissants à petit volume. En France, ces associations ne sont pas commercialisées en pharmacie de ville.

Le réglage de la dose au cabinet

Je reprends les chiffres de la notice de l’Edex. La première injection se fait au cabinet de l’urologue, avec une dose de départ de 2,5 µg. Si l’érection reste insuffisante, la dose monte par paliers de 5 µg lors des injections suivantes, sans dépasser 20 µg. La cible est fixée avec précision : une érection complète 5 à 10 minutes après l’injection, qui ne dure pas plus d’une heure. Les limites de fréquence complètent le cadre : une injection par 24 heures au plus, avec un nombre plafonné d’injections par semaine (deux à trois selon les notices).

Un homme de 64 ans, opéré d’une prostatectomie radicale dix-huit mois plus tôt, ne réagit plus au tadalafil 20 mg. Au cabinet, 2,5 µg donnent un gonflement sans rigidité. Une semaine plus tard, 7,5 µg produisent une érection de 70 % environ. La troisième séance, à 10 µg, donne une érection complète en 8 minutes, qui retombe au bout de 45 minutes. C’est la dose retenue. Avec la cartouche d’Edex de 10 µg, une boîte couvre deux rapports ; la prostatectomie radicale figurant dans les indications listées, l’Assurance maladie rembourse 30 % du prix et sa complémentaire prend en charge tout ou partie du reste.

Le geste de l’injection

L’urologue ou l’infirmière montre la technique lors de la séance de réglage, puis l’homme la reproduit chez lui. Le déroulé tient en quelques gestes :

  1. préparer la cartouche : visser l’aiguille, pousser le piston pour mélanger la poudre et le solvant, chasser l’air ;
  2. tenir le gland entre deux doigts et étirer la verge le long de la cuisse ;
  3. piquer sur le côté de la verge, à mi-hauteur entre la base et le gland, en évitant le dessus (veines et nerfs dorsaux) et le dessous (urètre) ;
  4. injecter lentement en quelques secondes, retirer l’aiguille ;
  5. comprimer le point de piqûre deux à trois minutes avec une compresse, ce qui limite l’hématome.

Le côté droit et le côté gauche alternent d’une fois sur l’autre ; un seul corps caverneux suffit, le sang passe dans l’autre par les communications entre les deux. L’aiguille est très fine et courte : la plupart des hommes décrivent une piqûre moins sensible qu’une prise de sang. La sensation désagréable, quand elle existe, vient surtout du produit lui-même.

Effets indésirables mesurés

Les essais cliniques de l’alprostadil injectable donnent des fréquences précises :

  • douleur de la verge chez 30 % des hommes au moins une fois, sur 11 % des injections ; 3 % ont arrêté le traitement pour cette raison ;
  • fibrose (petit nodule dur dans le corps caverneux) chez environ 3 % des patients, 8 % dans une étude d’auto-injection suivie jusqu’à 18 mois ;
  • hématome chez 3 %, ecchymose chez 2 % ;
  • érection prolongée de 4 à 6 heures chez 4 %, érection douloureuse de plus de 6 heures chez 0,4 %.

Une érection rigide qui dure plus de quatre heures se traite en urgence, à l’hôpital, par ponction ou injection d’un produit qui fait débander ; la notice demande que ce geste ne soit pas différé au-delà de six heures. La notice exclut les hommes exposés au priapisme (drépanocytose, myélome, leucémie), ceux qui présentent une déformation marquée de la verge et ceux dont l’état cardiaque n’est pas stabilisé après un accident cardiovasculaire de moins de trois mois.

Satisfaction, abandon et association aux comprimés

La Revue du Praticien chiffre la satisfaction des hommes sous injections au-delà de 70 % dans sa mise au point de 2026. L’abandon au fil des années reste fréquent dans les séries publiées : appréhension de l’aiguille, perte de spontanéité, douleur, ou simplement amélioration spontanée de l’érection après une prostatectomie. Les urologues jouent alors sur deux leviers :

  • associer un IPDE5 (tadalafil 5 mg quotidien par exemple) à une dose d’alprostadil réduite, ce qui réduit la douleur ;
  • passer à l’alprostadil en crème, sans aiguille, au prix d’un effet moins constant.

Après une chirurgie de la prostate, les injections servent aussi à la rééducation érectile : deux à trois érections provoquées par semaine dans les mois qui suivent l’opération, pour oxygéner le tissu caverneux pendant la récupération des nerfs.

Conservation et voyage

J’ai relevé deux points pratiques dans la notice : chaque cartouche ne sert qu’une fois, et la poudre ne se mélange au solvant qu’au moment de l’injection. Pour un déplacement, les cartouches voyagent dans le bagage cabine avec l’ordonnance, l’aiguille étant fournie dans l’emballage. Les aiguilles usagées partent dans une boîte à déchets piquants, que les pharmacies remettent gratuitement et reprennent pleine via le réseau DASTRI.

Vos questions

Est-ce que l'injection dans le pénis fait mal ?

La piqûre elle-même est brève, avec une aiguille très fine. Dans les essais, 30 % des hommes ont ressenti une douleur de la verge au moins une fois, sur 11 % des injections, le plus souvent liée au produit et non à l'aiguille.

Combien de temps dure une érection après une injection d'Edex ?

La dose est réglée pour une érection complète qui dure moins d'une heure, en général 30 à 60 minutes. L'érection se maintient même après l'éjaculation, jusqu'à la fin de l'effet.

Est-ce que l'Edex est remboursé ?

Oui, à 30 %, sur ordonnance de médicament d'exception et seulement dans certaines situations : neuropathie diabétique, paraplégie, sclérose en plaques, séquelles de prostatectomie, de radiothérapie ou de chirurgie pelvienne. Sinon, la boîte de deux cartouches coûte 18,62 €.

Est-ce que le Caverject est encore vendu en France ?

Non : le laboratoire a déclaré l'arrêt de commercialisation du Caverject en France le 29 mai 2026, alors que l'autorisation de mise sur le marché reste valide. Les hommes qui l'utilisaient passent à l'Edex, qui contient la même molécule.

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