Apnée du sommeil et impuissance
L’apnée du sommeil et l’impuissance se croisent chez une majorité d’hommes : selon une méta-analyse de huit études, 59 à 69 % des patients apnéiques étudiés présentent une dysfonction érectile. Plus les pauses respiratoires sont nombreuses et plus l’oxygène chute la nuit, plus le score d’érection baisse.
Le syndrome d’apnées obstructives en quelques mesures
Pendant le sommeil, les muscles de la gorge se relâchent et le passage de l’air se ferme, en tout ou en partie. Chaque pause dure de 10 à 30 secondes, se termine par un micro-réveil que le dormeur ne perçoit pas, et se répète plusieurs fois par heure. Le syndrome concernerait près de 4 % des adultes en France, avec une nette majorité d’hommes.
La gravité se lit dans l’index d’apnées-hypopnées (IAH), le nombre de pauses et de baisses du flux par heure de sommeil :
| IAH | Classement |
|---|---|
| moins de 5 par heure | normal |
| 5 à 14 | léger |
| 15 à 29 | modéré |
| 30 et plus | sévère |
Ronflement fort, pauses constatées par la personne qui partage le lit, réveil avec la bouche sèche, somnolence au volant, levers nocturnes pour uriner et maux de tête du matin composent le tableau habituel.
Trois mécanismes qui atteignent l’érection
Le manque d’oxygène et la paroi des artères
Chaque apnée fait baisser la saturation du sang en oxygène. Répétées des centaines de fois par nuit, ces chutes abîment l’endothélium, la couche de cellules qui tapisse les vaisseaux et fabrique le monoxyde d’azote. Or c’est cette molécule qui relâche les muscles lisses des corps caverneux. J’ai repris dans la méta-analyse des huit études sa mesure de l’oxygène : plus la saturation minimale nocturne est basse, plus le score IIEF est faible.
La testostérone, produite pendant le sommeil
La sécrétion de testostérone culmine pendant la nuit et suit le sommeil profond. En 2011, une équipe de Chicago a limité dix jeunes hommes en bonne santé à cinq heures de sommeil pendant une semaine : leur testostérone de journée a baissé de 10 à 15 %. Un sommeil haché par des dizaines de micro-réveils par heure produit le même genre de déficit, et la testostérone basse diminue le désir et la qualité des érections.
Le système nerveux en alerte
Chaque micro-réveil déclenche une décharge d’adrénaline. La nuit de l’apnéique est une succession d’alertes, ce qui entretient une tension artérielle élevée : l’hypertension accompagne fréquemment l’apnée. Ce tonus d’alerte freine la détente vasculaire dont l’érection a besoin.
Diagnostic : polygraphie ou polysomnographie
Le dépistage commence par un questionnaire de somnolence, souvent l’échelle d’Epworth, notée sur 24. L’enregistrement se fait ensuite :
- par polygraphie ventilatoire, à domicile : capteurs de flux nasal, sangles thoraciques, oxymètre au doigt, une nuit ;
- par polysomnographie, en laboratoire du sommeil : les mêmes capteurs plus un électroencéphalogramme, qui distingue les stades de sommeil.
Le pneumologue, l’ORL ou le médecin du sommeil prescrit l’examen. Le même bilan peut intégrer le questionnaire IIEF-5, cinq questions notées de 1 à 5, qui situe la dysfonction érectile : 22 à 25, fonction normale ; 17 à 21, atteinte légère ; 12 à 16, légère à modérée ; 8 à 11, modérée ; 5 à 7, sévère.
La PPC et son effet sur l’érection
La pression positive continue (PPC) envoie de l’air par un masque, à une pression réglée pour maintenir la gorge ouverte. L’Assurance maladie la prend en charge sur accord préalable, avec un suivi de l’utilisation nocturne transmis par l’appareil.
Je reprends les chiffres d’une méta-analyse qui a rassemblé sept études et 206 hommes à la fois apnéiques et atteints de dysfonction érectile. Sous PPC, le score IIEF-5 progresse en moyenne de 1,1 point. L’écart est modeste sur une échelle de 25, mais il est constant d’une étude à l’autre, et la revue des huit études relève aussi une amélioration de l’érection sous PPC dans les études incluses, avec une ampleur variable selon le questionnaire utilisé.
Exemple : un ronfleur de 54 ans
Un homme de 54 ans, 1,75 m pour 96 kg, tour de cou de 44 cm, consulte pour des érections moins fermes depuis deux ans. Sa compagne décrit des pauses respiratoires ; il somnole en réunion. Son score IIEF-5 est de 14, sa tension de 150/95.
- La polygraphie à domicile trouve un IAH de 34 par heure et une saturation minimale de 81 % : apnée sévère.
- Le bilan sanguin du matin donne une testostérone totale à la limite basse.
- Le pneumologue prescrit une PPC ; le généraliste ajoute du tadalafil à la demande.
- Trois mois plus tard, avec un appareil porté six heures par nuit en moyenne et 5 kg perdus, le score IIEF-5 est remonté à 18 sous traitement.
Le cas reprend les ordres de grandeur des études : la PPC seule déplace le score d’un point ou deux, et les médicaments de l’érection restent utilisables en parallèle.
Les autres traitements de l’apnée
L’orthèse d’avancée mandibulaire, deux gouttières qui tirent la mâchoire inférieure vers l’avant, est proposée dans les formes légères à modérées ou quand la PPC n’est pas tolérée ; elle est aussi prise en charge sur accord préalable. La perte de poids réduit l’IAH, car la graisse du cou rétrécit le passage de l’air. Les traitements par position, qui empêchent de dormir sur le dos, servent dans les apnées liées à la position. La chirurgie ORL vise des cas sélectionnés.
Les inhibiteurs de la PDE5 n’agissent pas sur l’apnée elle-même. Chez l’homme apnéique, ils s’emploient aux doses habituelles de la notice, en tenant compte des médicaments contre l’hypertension déjà pris.
Vos questions
Est-ce que l'apnée du sommeil peut rendre impuissant ?
L'apnée est fortement associée à la dysfonction érectile : 59 à 69 % des patients apnéiques étudiés en sont atteints. Le manque d'oxygène nocturne, la baisse de testostérone et l'hypertension associée en sont les mécanismes décrits.
La PPC améliore-t-elle l'érection ?
Une méta-analyse de sept études trouve un gain moyen d'environ un point sur le score IIEF-5 sous PPC. L'effet est modeste et s'observe après plusieurs semaines d'utilisation régulière.
Comment savoir si on fait de l'apnée du sommeil ?
Ronflement fort, pauses respiratoires remarquées par le conjoint, fatigue au réveil et somnolence dans la journée orientent vers le diagnostic. Seul un enregistrement nocturne, polygraphie ou polysomnographie, le confirme et mesure l'index d'apnées-hypopnées.
Le manque de sommeil fait-il baisser la testostérone ?
Oui. Dans une étude de 2011, une semaine à cinq heures de sommeil par nuit a réduit la testostérone de journée de 10 à 15 % chez de jeunes hommes en bonne santé.