Lexique de l’érection : 40 mots
Ce lexique de l’érection rassemble 40 mots que l’on rencontre sur une notice de médicament, un compte rendu d’écho-doppler ou une ordonnance d’urologue. Les définitions sont regroupées par famille (physiologie, molécules, examens, traitements, troubles voisins) et donnent, quand ils existent, la dose, le délai ou le seuil publié. Pour les comprimés, je reprends les chiffres des résumés des caractéristiques du produit (RCP) européens.
Physiologie : comment la verge se remplit
- Corps caverneux
- Paire de colonnes de tissu érectile logées sur le dos de la verge. Leurs cavités, tapissées de muscle lisse, se gorgent de sang quand ce muscle se relâche. Ce sont elles qui reçoivent l’injection dans un traitement intracaverneux et les cylindres dans une prothèse.
- Monoxyde d’azote (NO)
- Gaz messager libéré par les terminaisons nerveuses et par la paroi des vaisseaux pendant l’excitation. Il déclenche la chaîne chimique qui relâche le muscle lisse caverneux. Le diabète, le tabac et l’âge réduisent sa production, ce qui explique une bonne part des troubles d’origine vasculaire.
- GMPc (guanosine monophosphate cyclique)
- Molécule fabriquée dans la cellule musculaire sous l’effet du monoxyde d’azote. Tant que son taux reste élevé, le muscle reste relâché et le sang entre. Une enzyme, la PDE5, la dégrade et met fin à l’érection.
- Tumescence
- Phase de gonflement de la verge, quand le débit artériel augmente et que le volume grossit sans rigidité complète. Le mot désigne aussi, en médecine du sommeil, les gonflements nocturnes mesurés pendant un enregistrement. La tumescence précède la rigidité de quelques secondes à quelques minutes.
- Mécanisme veino-occlusif
- Écrasement des petites veines de sortie contre l’albuginée quand les corps caverneux se dilatent. Le sang entre sans pouvoir ressortir, et la pression intracaverneuse monte jusqu’à approcher la pression artérielle.
- Muscle ischio-caverneux
- Muscle du périnée qui enserre la racine des corps caverneux. En se contractant, il fait grimper la pression dans la verge au-dessus de la pression artérielle systolique, pendant quelques secondes : c’est la phase de rigidité maximale. Les exercices du plancher pelvien le font travailler.
- Nerfs caverneux
- Fins nerfs du système parasympathique qui longent la prostate avant d’atteindre la verge. Leur préservation pendant une prostatectomie conditionne en grande partie le retour des érections spontanées.
- Érection réflexe
- Érection déclenchée par le toucher, via un arc nerveux qui passe par la moelle sacrée (segments S2 à S4). Elle persiste chez une partie des hommes blessés de la moelle au-dessus de ce niveau, même sans sensation.
- Érection psychogène
- Érection déclenchée par une image, une pensée, un son ou une odeur, sans contact. Le signal descend du cerveau par un centre situé dans la moelle thoraco-lombaire (T11 à L2).
- Érections nocturnes
- Trois à cinq épisodes par nuit chez l’homme en bonne santé, calés sur le sommeil paradoxal et indépendants des rêves érotiques. Leur présence oriente vers une cause psychologique quand les érections manquent pendant les rapports.
- Libido
- Désir sexuel, distinct de la capacité d’érection. Un homme peut garder un désir intact et une érection insuffisante, ou l’inverse. Quand le désir baisse en même temps que l’énergie, le médecin fait souvent doser la testostérone.
Molécules et médicaments
- IPDE5
- Sigle désignant les bloqueurs de la phosphodiestérase de type 5, la famille des comprimés de l’érection : sildénafil, tadalafil, vardénafil, avanafil. En bloquant la PDE5, ils laissent le GMPc s’accumuler. Ils forment le traitement de première intention dans toutes les recommandations urologiques.
- Sildénafil
- Molécule du Viagra, autorisée en 1998. Dosages de 25, 50 et 100 mg, prise environ une heure avant le rapport, demi-vie de 3 à 5 heures, au plus un comprimé par 24 heures. Les maux de tête touchent plus d’un patient sur dix dans les essais.
- Tadalafil
- Molécule du Cialis. À la demande, 10 ou 20 mg ; en prise quotidienne, 2,5 ou 5 mg à heure fixe. Sa demi-vie de 17,5 heures lui donne une fenêtre d’action jusqu’à 36 heures, d’où son surnom de « pilule du week-end ».
- Vardénafil
- Molécule du Levitra, en comprimés de 5, 10 et 20 mg et en comprimé orodispersible de 10 mg qui fond sur la langue. Prise 25 à 60 minutes avant le rapport, durée d’action proche de celle du sildénafil.
- Avanafil
- Molécule du Spedra, la plus récente des quatre, en 50, 100 et 200 mg. La notice prévoit une prise environ 30 minutes avant le rapport, parfois un quart d’heure suffit selon les essais.
- Dérivés nitrés
- Médicaments de l’angine de poitrine (trinitrine en spray ou en patch, isosorbide). Associés à un IPDE5, ils font chuter la tension : la notice exclut l’association. Les urgentistes attendent 24 heures après un sildénafil et 48 heures après un tadalafil avant d’en administrer.
- Testostérone
- Hormone masculine produite par les testicules, qui entretient la libido et la sensibilité des corps caverneux aux IPDE5. Son taux sanguin se mesure le matin, avant 10 heures, sur deux prises de sang.
- Papavérine et Trimix
- La papavérine est un relaxant du muscle lisse utilisé en injection. Le Trimix associe papavérine, phentolamine et alprostadil dans une préparation faite en pharmacie hospitalière, pour les hommes qui répondent mal à l’alprostadil seul.
Examens et mesures
- IIEF-5
- Questionnaire de cinq questions notées de 1 à 5, tiré de l’International Index of Erectile Function. Barème : 22-25, fonction normale ; 17-21, atteinte légère ; 12-16, atteinte légère à modérée ; 8-11, atteinte modérée ; 5-7, atteinte sévère.
- Échelle de rigidité (EHS)
- Erection Hardness Score : quatre niveaux, de 1 (verge plus volumineuse mais molle) à 4 (complètement dure et rigide). Le niveau 3, assez dur pour la pénétration mais pas tout à fait rigide, sert de seuil dans de nombreux essais.
- Écho-doppler pénien
- Échographie des artères caverneuses après une injection qui provoque l’érection. Une vitesse systolique maximale inférieure à 25 cm/s signe une insuffisance artérielle ; une vitesse diastolique restée au-dessus de 5 cm/s évoque une fuite veineuse.
- Rigiscan
- Appareil portable qui enregistre pendant la nuit, à l’aide de deux boucles placées à la base et sous le gland, le nombre, la durée et la rigidité des érections nocturnes.
- Bilan hormonal
- Dosage sanguin de la testostérone totale, souvent complété par la LH, la prolactine et la SHBG. Les sociétés savantes placent le seuil bas de testostérone totale autour de 3 à 3,5 ng/mL.
Un compte rendu décodé. Un homme de 61 ans, fumeur, IIEF-5 à 11, passe un écho-doppler. Le compte rendu indique « vitesse systolique maximale 21 cm/s, vitesse télédiastolique 2 cm/s, EHS 2 après injection de 10 µg d’alprostadil ». Lecture : trouble modéré, débit artériel insuffisant (sous 25 cm/s), pas de fuite veineuse (sous 5 cm/s), réponse partielle à l’injection. L’origine est vasculogène et le mécanisme veino-occlusif fonctionne, ce qui oriente vers un IPDE5 à dose pleine, puis vers les injections si le score reste bas.
Traitements au-delà du comprimé
- Alprostadil
- Prostaglandine E1 de synthèse qui relâche directement le muscle lisse caverneux, sans passer par le monoxyde d’azote. Elle existe en injection (Edex) et en crème urétrale (Vitaros). Après une injection, l’érection apparaît en général en 5 à 15 minutes.
- Injection intracaverneuse
- Piqûre d’alprostadil faite sur la face latérale du pénis, au tiers moyen, avec une aiguille de type insuline qui atteint un corps caverneux. La dose s’ajuste en cabinet lors des premières séances, puis l’homme pratique l’injection lui-même, au plus une fois par 24 heures.
- Vitaros
- Crème d’alprostadil à 300 µg appliquée sur le méat, à l’extrémité du gland, grâce à un applicateur sans aiguille. L’érection survient en 5 à 30 minutes et dure une à deux heures.
- Pompe à vide
- Cylindre posé sur la verge dans lequel une pompe crée une dépression qui aspire le sang. Un anneau placé à la base retient ensuite l’érection, 30 minutes au plus d’après les fabricants.
- Li-ESWT
- Low-intensity extracorporeal shockwave therapy : ondes de choc de faible intensité appliquées sur la verge pour stimuler la formation de petits vaisseaux. Les protocoles publiés comptent de 6 à 12 séances de quelques milliers d’impulsions.
- Implant pénien
- Prothèse posée dans les corps caverneux. Le modèle gonflable en trois pièces comprend deux cylindres, une pompe logée dans le scrotum et un réservoir dans le bas-ventre. Les séries publiées rapportent environ neuf hommes satisfaits sur dix.
- Rééducation pénienne
- Programme qui provoque des érections régulières après une prostatectomie (comprimés, injections ou pompe), pour oxygéner les corps caverneux pendant que les nerfs récupèrent, ce qui prend de 12 à 24 mois.
- Prostatectomie radicale
- Ablation complète de la prostate pour un cancer. Quand le chirurgien conserve les bandelettes nerveuses des deux côtés, on parle de technique « nerve-sparing », associée aux meilleurs taux de récupération érectile.
Troubles et situations voisines
- Dysfonction érectile
- Je reprends la formule des Instituts nationaux de santé américains (1993) : incapacité persistante, depuis au moins trois mois, à obtenir ou garder une érection suffisante pour une activité sexuelle satisfaisante. La Massachusetts Male Aging Study (1994) chiffrait la proportion concernée, tous degrés confondus, à 52 % dans la tranche 40-70 ans de sa cohorte de Boston.
- Impuissance
- Terme ancien, encore courant dans la langue parlée, pour la dysfonction érectile. Les médecins l’ont abandonné dans les années 1990, au motif qu’il désignait aussi l’infertilité et une faiblesse générale.
- Vasculogène
- Se dit d’un trouble causé par les artères (débit insuffisant) ou les veines (fuite). C’est l’origine la plus fréquente après 50 ans.
- Dysfonction endothéliale
- Mauvais fonctionnement de la paroi interne des vaisseaux, qui fabrique moins de monoxyde d’azote. Les artères de la verge, de 1 à 2 mm de diamètre, en montrent les effets avant les coronaires : plusieurs cohortes situent la panne érectile deux à cinq ans avant un premier accident cardiaque.
- Fuite veineuse
- Défaut du mécanisme veino-occlusif : le sang entre mais repart, et l’érection retombe vite. Elle se repère à l’écho-doppler et répond moins bien aux comprimés.
- Hypogonadisme
- Production insuffisante de testostérone par les testicules (hypogonadisme primaire) ou par manque de commande de l’hypophyse (secondaire). Il associe baisse de libido, fatigue, perte de masse musculaire et érections moins fermes.
- Priapisme
- Érection qui dure plus de quatre heures en dehors de toute excitation. Dans la forme ischémique, douloureuse, l’urgentiste aspire le sang bloqué dans la verge puis injecte de la phényléphrine. Elle est très rare sous comprimés et plus fréquente après une injection mal dosée.
- Maladie de La Peyronie
- Cicatrice dure qui se forme dans l’enveloppe des corps caverneux et fait dévier le pénis quand il se raidit, parfois douloureuse les premiers mois. Les études de population situent sa fréquence entre 3 et 9 % des hommes adultes.
- Éjaculation rétrograde
- Sperme envoyé vers la vessie au lieu de sortir par l’urètre, l’orgasme restant présent. Elle suit souvent une résection de prostate ou la prise d’alpha-bloquants comme la tamsulosine.
- Anéjaculation
- Absence d’éjaculation malgré l’excitation, avec ou sans orgasme. Elle est la règle après une prostatectomie radicale, puisque prostate et vésicules séminales ont été retirées.
- Anxiété de performance
- Peur d’échouer qui active le système nerveux sympathique et contracte le muscle lisse caverneux, à l’opposé de ce que demande l’érection. Une panne nourrit la suivante, et l’IPDE5 sert parfois à casser ce cercle pendant quelques semaines.
Vos questions
Comment s'appelle une érection qui ne redescend pas ?
On parle de priapisme quand l'érection dure plus de quatre heures sans excitation. La forme ischémique, la plus fréquente, se traite aux urgences par ponction du sang des corps caverneux et injection d'un vasoconstricteur.
Quelle est la différence entre tumescence et érection ?
La tumescence est la phase de gonflement : la verge grossit et s'allonge sans être dure. L'érection complète suppose en plus la fermeture des veines de sortie et, au maximum, la contraction des muscles du périnée.
Que veut dire IPDE5 sur une ordonnance ?
Le sigle regroupe sildénafil, tadalafil, vardénafil et avanafil, qui bloquent l'enzyme PDE5. Ils prolongent l'action du signal chimique qui relâche les vaisseaux de la verge.
Est-ce que dysfonction érectile et impuissance veulent dire la même chose ?
Oui, les deux termes désignent la difficulté à obtenir ou maintenir une érection. Les médecins emploient dysfonction érectile depuis les années 1990, impuissance reste le mot du langage courant.