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Covid et troubles de l’érection : les études

Rédigé par Franck · · lecture 5 min

Maquettes du virus SARS-CoV-2 à spicules jaunes et cellule infectée vue au microscope électronique
Maquettes 3D du SARS-CoV-2 et cellule infectée en microscopie électronique colorisée (NIAID) Crédit : NIAID · CC BY 2.0 (Wikimedia Commons)

Le Covid est associé à davantage de troubles de l’érection dans trois types d’études : une enquête italienne de 2020, un registre américain de plus de 460 000 hommes et des analyses de tissu pénien prélevé des mois après l’infection. L’ampleur du lien varie beaucoup selon la méthode, d’un risque multiplié par cinq à une hausse de 20 %.

Pourquoi un virus respiratoire toucherait l’érection

Le SARS-CoV-2 entre dans les cellules par le récepteur ACE2. On trouve ce récepteur dans les poumons, mais aussi dans l’endothélium, la paroi interne des vaisseaux, et dans les testicules. Trois pistes en découlent :

  • vasculaire : l’inflammation de l’endothélium réduit la production de monoxyde d’azote, indispensable au remplissage des corps caverneux ;
  • hormonale : plusieurs séries d’hommes hospitalisés ont mesuré des taux de testostérone abaissés pendant et après l’infection ;
  • psychologique : anxiété, confinement, deuil, fatigue prolongée pèsent sur le désir et l’érection.

Ces trois mécanismes recoupent ceux de la dysfonction érectile en général, ce qui complique la mesure de la part propre au virus.

Sex@COVID : l’enquête italienne de 2020

L’équipe d’Andrea Sansone, à Rome, a lancé un questionnaire en ligne entre le 7 avril et le 4 mai 2020, au cœur de la première vague. Parmi les répondants, 25 hommes avaient eu le Covid. Chacun a été apparié à trois hommes non infectés de profil comparable, soit 100 hommes au total. L’érection était évaluée par le questionnaire SHIM, version courte de l’IIEF.

Groupe Hommes Dysfonction érectile
Covid positif 25 28 %
Covid négatif 75 9,33 %

Après ajustement sur l’âge, l’indice de masse corporelle et l’état psychologique, l’odds ratio atteint 5,66, avec un intervalle de confiance très large, de 1,50 à 24,01. Le titre de l’article, publié en mars 2021 dans Andrology, jouait sur les mots : « Mask up to keep it up ». J’ai noté que les auteurs présentent eux-mêmes ces données comme préliminaires : 25 malades, c’est peu.

Le registre TriNetX : 230 517 hommes infectés

À Miami, l’équipe de Ranjith Ramasamy a interrogé en 2021 la base TriNetX, qui réunit les dossiers médicaux électroniques de plus de 66 millions de patients dans une quarantaine d’établissements américains. Après appariement sur l’âge et les maladies associées, deux groupes d’hommes majeurs ont été comparés :

  • 230 517 hommes avec un diagnostic de Covid ;
  • 232 645 hommes sans Covid.

Le diagnostic de dysfonction érectile nouvelle était plus fréquent après l’infection, avec un odds ratio de 1,20 : une hausse d’environ 20 % du risque, statistiquement significative mais très inférieure à celle de l’enquête italienne. Avant appariement, les hommes infectés étaient plus âgés (47 ans contre 42 en moyenne) et plus souvent diabétiques (13 % contre 7 %) ou hypertendus (27 % contre 22 %), ce qui montre l’intérêt de l’ajustement. L’étude est parue en décembre 2021 dans Sexual Medicine.

Le virus retrouvé dans le pénis

La même équipe de Miami a publié en 2021, dans le World Journal of Men’s Health, l’analyse du tissu pénien de quatre hommes de 65 à 71 ans opérés pour la pose d’un implant pénien. Deux avaient eu le Covid, l’un sous forme légère, l’autre hospitalisé ; les deux autres jamais.

  • Chez les deux hommes infectés, des particules virales ont été retrouvées dans les cellules endothéliales des corps caverneux, sept à neuf mois après l’infection.
  • Aucune particule chez les deux témoins.
  • Les deux hommes infectés avaient une érection normale avant le Covid ; leur dysfonction est apparue après.

Quatre hommes ne permettent aucune estimation de fréquence. L’étude apporte en revanche un mécanisme visible au microscope : une atteinte de l’endothélium pénien qui persiste des mois.

Exemple : une dysfonction apparue après un Covid long

Un homme de 46 ans, sans traitement, sans tabac, IMC à 26, fait un Covid en janvier. Fatigue et essoufflement durent trois mois. Au quatrième mois, il note des érections moins fermes et des érections matinales devenues rares ; son score IIEF-5 est de 15.

  • Le bilan du médecin traitant : glycémie et cholestérol normaux, tension à 130/80, testostérone totale dans la norme basse.
  • Le questionnaire d’anxiété revient élevé, en lien avec l’arrêt de travail prolongé.
  • Prescription : sildénafil 50 mg à la demande, une heure avant le rapport, et reprise progressive de la marche.
  • Six mois après l’infection, le score IIEF-5 sans comprimé remonte à 19.

Le cas montre l’intrication des pistes : vasculaire, hormonale et psychologique peuvent jouer ensemble, et aucun examen courant ne les sépare.

Trois méthodes, trois limites

Les trois travaux ne répondent pas à la même question. L’enquête italienne capte un instant, au printemps 2020, avec un questionnaire déclaratif. Le registre américain compte des diagnostics notés par des médecins, ce qui manque les hommes qui ne consultent pas. Le travail sur tissu montre un mécanisme sans chiffrer sa fréquence. Je n’ai pas trouvé d’étude française de cohorte publiée sur ce point.

Traitement : les mêmes outils

Aucun traitement spécifique au Covid n’existe pour l’érection. Les médicaments habituels s’appliquent : sildénafil, tadalafil, vardénafil ou avanafil, selon la durée d’action souhaitée. Les mesures qui soutiennent l’endothélium, activité physique régulière et arrêt du tabac, sont celles qui figurent dans toutes les recommandations sur la dysfonction érectile. Quand la fatigue d’un Covid long limite l’effort, la reprise se fait par paliers, avec de la marche puis des séances plus longues.

Vos questions

Est-ce que le Covid peut provoquer des troubles de l'érection ?

Plusieurs études associent le Covid à davantage de dysfonction érectile. Le registre américain le plus large, sur plus de 460 000 hommes, trouve un risque augmenté d'environ 20 % après l'infection. Une petite étude a aussi retrouvé le virus dans les vaisseaux du pénis sept à neuf mois après.

Combien de temps durent les troubles de l'érection après le Covid ?

Aucune étude n'a établi de durée type. Dans l'analyse de tissu pénien de Miami, l'atteinte persistait sept à neuf mois après l'infection chez deux hommes opérés ensuite d'un implant.

Le Viagra fonctionne-t-il après un Covid ?

Les inhibiteurs de la PDE5 s'utilisent après un Covid aux mêmes doses qu'ailleurs. Leur effet dépend de l'état des vaisseaux et des nerfs, comme pour toute dysfonction érectile.

Pourquoi le Covid affecte-t-il la sexualité ?

Le virus atteint l'endothélium des vaisseaux par le récepteur ACE2, peut abaisser la testostérone et s'accompagne souvent de fatigue, d'anxiété ou de deuil. Ces trois mécanismes jouent sur le désir et sur l'érection.

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