Médicaments qui provoquent des troubles de l’érection
Les médicaments responsables d’impuissance occupent une place à part parmi les causes : le trouble apparaît après le début d’un traitement et peut régresser quand la molécule change. Antihypertenseurs, antidépresseurs, neuroleptiques, inhibiteurs de la 5-alpha-réductase et traitements hormonaux du cancer de la prostate sont les familles les plus souvent en cause. Dans presque chaque classe, une molécule voisine pèse moins sur l’érection.
Quatre façons d’agir sur l’érection
Un médicament gêne l’érection par l’une de ces voies, parfois plusieurs :
- Vasculaire : baisse de la pression d’arrivée du sang dans la verge ou action sur le tonus des vaisseaux (diurétiques, certains bêtabloquants).
- Hormonale : chute de la testostérone ou blocage de son action (agonistes de la LH-RH, anti-androgènes, opioïdes), hausse de la prolactine (plusieurs neuroleptiques).
- Centrale : excès de sérotonine dans le cerveau, qui freine le désir, l’excitation et l’éjaculation (antidépresseurs sérotoninergiques).
- Sédative : somnolence et baisse générale de la réactivité (benzodiazépines, antihistaminiques anciens, certains antiépileptiques).
Le calendrier reste l’indice le plus parlant : un trouble apparu dans les semaines qui suivent un nouveau comprimé ou une hausse de dose oriente vers lui. À l’inverse, une baisse progressive installée avant le traitement relève d’une autre cause, que le médicament a éventuellement aggravée.
Antihypertenseurs et bêtabloquants
Les diurétiques thiazidiques (hydrochlorothiazide, indapamide, chlortalidone) sont les plus souvent associés aux troubles de l’érection parmi les traitements de la tension. Dans l’essai TOMHS, l’écart avec le placebo atteignait neuf points à deux ans, puis s’effaçait avec le temps. La spironolactone, diurétique épargneur de potassium, a en plus une action anti-androgène : baisse du désir et gonflement des seins à forte dose.
Les bêtabloquants ont une réputation plus lourde que leurs chiffres. La méta-analyse de Ko, publiée dans le JAMA en 2002 sur des essais contrôlés, ne trouve qu’environ 5 cas supplémentaires de trouble sexuel pour 1 000 patients traités par an. L’effet d’attente pèse davantage : avec l’aténolol, Silvestri a vu le trouble passer de 3 % chez des hommes qui ignoraient le nom du comprimé à 31 % chez ceux qu’on avait prévenus de ce risque. Le nébivolol, qui libère du monoxyde d’azote, est décrit comme neutre.
Les sartans, les IEC et les inhibiteurs calciques n’augmentent pas la fréquence des troubles dans les essais, ce qui en fait les candidats habituels d’un changement de traitement.
Antidépresseurs
Les antidépresseurs sérotoninergiques sont la première cause médicamenteuse de troubles sexuels chez l’homme jeune. L’étude espagnole de Montejo, publiée en 2001 sur 1 022 patients, a mesuré la fréquence de tout trouble sexuel (désir, érection, éjaculation, orgasme) selon la molécule :
| Molécule | Exemple de nom commercial | Trouble sexuel |
|---|---|---|
| Citalopram | Seropram | 72,7 % |
| Paroxétine | Deroxat | 70,7 % |
| Venlafaxine | Effexor | 67,3 % |
| Sertraline | Zoloft | 62,9 % |
| Fluoxétine | Prozac | 57,7 % |
| Mirtazapine | Norset | 24,4 % |
| Moclobémide | Moclamine | 3,9 % |
L’ensemble de l’échantillon atteignait 59,1 %. Ces chiffres couvrent tous les troubles sexuels : chez l’homme, le retard d’éjaculation et la baisse du désir dominent, le trouble de l’érection vient ensuite. L’agomélatine et le bupropion figurent parmi les molécules associées aux taux les plus faibles dans les méta-analyses suivantes, proches du placebo.
Plusieurs réponses sont décrites : baisse de dose quand la dépression est stabilisée, passage à une molécule moins sérotoninergique, ou ajout d’un IPDE5. Un essai randomisé américain mené par Nurnberg en 2003 montre que le sildénafil améliore nettement la fonction sexuelle chez plus de la moitié des hommes traités par antidépresseur, contre moins de 5 % sous placebo. Une dépression non traitée fait elle-même baisser l’érection, ce que les études doivent séparer de l’effet du comprimé.
Neuroleptiques, opioïdes et hormones
Les neuroleptiques bloquent la dopamine, ce qui libère la prolactine. La rispéridone, l’amisulpride et l’halopéridol font monter nettement ce taux ; une prolactine élevée fait chuter la testostérone et le désir. L’aripiprazole agit différemment et tend à faire baisser la prolactine, ce qui en fait une option étudiée quand le trouble sexuel gêne le suivi.
Les opioïdes pris au long cours (morphine, oxycodone, méthadone, tramadol à forte dose) freinent la commande hypophysaire des testicules et provoquent un hypogonadisme chez une part importante des patients. Les agonistes de la LH-RH et les anti-androgènes prescrits dans le cancer de la prostate abaissent la testostérone au niveau de la castration : le désir et l’érection spontanée disparaissent chez la grande majorité des hommes traités.
Finastéride et dutastéride
Ces inhibiteurs de la 5-alpha-réductase bloquent la conversion de la testostérone en dihydrotestostérone. Le finastéride 5 mg et le dutastéride 0,5 mg traitent l’hypertrophie bénigne de la prostate ; le finastéride 1 mg traite la calvitie. Dans les essais, les troubles de l’érection, de la libido et de l’éjaculation apparaissent chez quelques pour cent des hommes, un peu plus souvent que sous placebo.
L’ANSM a renforcé l’information en septembre 2025 : une carte patient doit figurer dans chaque boîte de finastéride 1 mg, décrivant les risques sexuels et psychiatriques. J’ai relevé dans les données françaises de pharmacovigilance présentées à cette occasion 110 cas de troubles psychiatriques depuis 1985, dont 56 avec des symptômes persistant après l’arrêt du traitement, pendant trois ans environ dans la moitié de ces cas. Le Propecia n’est plus commercialisé en France depuis 2023 ; les génériques le sont.
Familles en cause et alternatives étudiées
| Famille | Molécules les plus citées | Alternative décrite |
|---|---|---|
| Diurétiques | hydrochlorothiazide, chlortalidone, spironolactone | sartan, IEC, inhibiteur calcique |
| Bêtabloquants | aténolol, propranolol | nébivolol |
| Antidépresseurs | paroxétine, citalopram, venlafaxine | agomélatine, bupropion, mirtazapine |
| Neuroleptiques | rispéridone, amisulpride, halopéridol | aripiprazole |
| Prostate | finastéride, dutastéride | tamsulosine, ou tadalafil 5 mg qui traite aussi l’hypertrophie |
Exemple : un antidépresseur et une panne
Un homme de 41 ans est sous sertraline 100 mg ; sa dépression, traitée au printemps, est stabilisée depuis l’été. Il décrit un désir en baisse, une éjaculation très retardée et des érections qui retombent pendant le rapport. Son IIEF-5 est passé de 23 avant traitement à 14.
Deux options sont alors discutées avec le psychiatre : conserver la sertraline en y associant du tadalafil 10 mg avant les rapports, ou la remplacer progressivement par une molécule moins sérotoninergique comme l’agomélatine, en suivant l’humeur. Dans les deux cas, le score IIEF-5 refait six semaines plus tard sert de mesure. Si la panne persiste avec une humeur stable, une origine psychologique liée à l’anxiété de performance installée pendant ces mois entre en ligne de compte.
Vos questions
Quels médicaments rendent impuissant ?
Les plus souvent cités sont les diurétiques thiazidiques, certains bêtabloquants, les antidépresseurs sérotoninergiques, plusieurs neuroleptiques, les opioïdes au long cours, le finastéride et les traitements hormonaux du cancer de la prostate. La fréquence varie beaucoup d'une molécule à l'autre.
Est-ce que les antidépresseurs provoquent des problèmes d'érection ?
Oui, surtout ceux qui agissent sur la sérotonine. Dans l'étude de Montejo, 59 % des patients sous antidépresseur décrivaient un trouble sexuel, avec des taux proches de 70 % pour la paroxétine et le citalopram, et sous 25 % pour la mirtazapine.
Combien de temps après l'arrêt d'un médicament revient l'érection ?
Pour la plupart des molécules, la fonction se rétablit en quelques semaines, le temps de l'élimination. Les traitements hormonaux du cancer de la prostate demandent plusieurs mois. Des troubles persistant après l'arrêt ont été rapportés avec le finastéride.
Quel bêtabloquant ne gêne pas l'érection ?
Le nébivolol est décrit comme neutre dans les études comparatives, car il favorise la libération de monoxyde d'azote. Pour les bêtabloquants anciens, l'effet mesuré dans les essais contrôlés reste faible, autour de 5 cas supplémentaires pour 1 000 patients par an.