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Pastèque, grenade, chocolat : les aliments de l’érection

Rédigé par Franck · · lecture 6 min

Grenade entière et quartier de grenade ouvert laissant voir ses grains
La grenade, fruit riche en antioxydants Crédit : Ivar Leidus · CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Les aliments de l’érection ont été testés sur de petits groupes d’hommes et sur de grandes cohortes : la citrulline de la pastèque, le jus de grenade, les fruits riches en flavonoïdes et le café ont chacun leurs chiffres. Aucun ne produit l’effet d’un comprimé d’IPDE5, mais plusieurs déplacent la courbe du risque sur dix ans.

Le lien entre l’assiette et les corps caverneux

Une érection dépend d’un afflux de sang dans les corps caverneux, déclenché par le monoxyde d’azote que libère la paroi des artères. Tout aliment qui fournit la matière première de cette molécule, ou qui protège la paroi vasculaire, a une raison théorique d’agir. La citrulline et l’arginine nourrissent la production de monoxyde d’azote ; les polyphénols de la grenade, du cacao et des baies limitent l’oxydation de l’endothélium.

La théorie ne suffit pas : ce sont les essais qui tranchent, et ils ne disent pas tous la même chose.

Pastèque et citrulline : l’essai de Bari

La pastèque est l’aliment le plus riche en citrulline, un acide aminé que les reins transforment en arginine. En 2011, l’équipe de Luigi Cormio a donné 1,5 g de L-citrulline par jour à 24 hommes de 56 ans en moyenne, gênés par une dysfonction érectile légère : quatre semaines sous placebo suivies de quatre semaines sous citrulline, sans que les participants sachent ce qu’ils avalaient.

  • Sous citrulline, 12 hommes sur 24 ont rapporté une érection plus rigide, soit 50 %.
  • Sous placebo, 2 hommes sur 24 ont noté un progrès, environ 8 %.
  • Aucun effet indésirable notable n’a été relevé pendant l’essai.

Les 1,5 g de l’essai venaient d’une gélule. La teneur de la pastèque varie fortement selon la variété et la maturité : atteindre la même dose par le fruit seul demande, selon les analyses publiées, entre un demi-kilo et plusieurs kilos de chair. La partie blanche proche de l’écorce est plus concentrée que le cœur rouge.

Grenade : 237 ml par jour pendant quatre semaines

La grenade doit sa réputation à un essai californien publié en 2007. Christopher Forest et ses collègues ont fait boire à 53 hommes un verre de 237 ml de jus de grenade par jour, puis une boisson placebo de même aspect, chaque phase durant quatre semaines, séparées par deux semaines de pause.

Phase Hommes déclarant un mieux
Jus de grenade 47 %
Placebo 32 %

L’écart va dans le sens du jus, mais il n’atteint pas le seuil de signification statistique : sur 53 participants, il peut relever du hasard. J’ai relevé que l’étude était financée par le producteur du jus utilisé, ce qui figure dans la publication.

Fruits rouges, agrumes, vin : 25 096 hommes suivis dix ans

L’étude la plus large sur l’alimentation et l’érection vient de la cohorte américaine des professionnels de santé. Aedin Cassidy a croisé, en 2016, les questionnaires alimentaires de 25 096 hommes avec l’apparition de troubles de l’érection sur dix ans. Plus d’un tiers d’entre eux, 35,6 %, ont déclaré une dysfonction érectile nouvelle au cours du suivi.

  • Les plus gros consommateurs d’anthocyanes (myrtilles, fraises, vin rouge) avaient un risque inférieur de 9 %.
  • Pour les flavanones des agrumes, l’écart montait à 11 %.
  • Pour les flavones, il était de 9 %.
  • Une consommation de fruits plus élevée s’accompagnait d’un risque inférieur de 14 %.
  • Fruits riches en flavonoïdes et activité physique réunis : environ 21 % de risque en moins.

Les cinq premières sources relevées par l’équipe étaient les fraises, les myrtilles, le vin rouge, les pommes et poires, les agrumes. Les auteurs parlent de quelques portions par semaine. Il s’agit d’une association observée, pas d’un essai : les mangeurs de fruits fument moins et bougent plus, ce que les calculs corrigent en partie seulement.

Chocolat noir et cacao

Le cacao contient des flavanols qui améliorent la dilatation des artères dans des essais de courte durée, mesurée au bras par échographie. Je n’ai relevé aucun essai publié qui mesure directement la rigidité de l’érection après une cure de chocolat. Le lien reste donc une extrapolation vasculaire. Pour la teneur, un chocolat à 70 % de cacao et plus en apporte nettement davantage qu’un chocolat au lait, et la tablette apporte aussi 500 à 600 kcal pour 100 g.

Café : la courbe en cloche des données américaines

En 2015, une équipe de Houston a exploité l’enquête nationale de santé NHANES. Par rapport aux hommes qui ne consommaient presque pas de caféine (0 à 7 mg par jour), ceux qui en prenaient 85 à 170 mg, soit deux à trois tasses de café, avaient 42 % de probabilité en moins de déclarer une dysfonction érectile. Entre 171 et 303 mg, l’écart était de 39 %. Chez les hommes diabétiques, aucune association n’apparaissait.

Le cadre qui pèse le plus : le régime méditerranéen

Les aliments isolés produisent des écarts modestes. L’essai napolitain de Katherine Esposito, publié en 2004, a testé un changement d’ensemble chez 110 hommes de 35 à 55 ans, tous obèses, tous atteints de troubles de l’érection : légumes, fruits, céréales complètes, huile d’olive et poisson, moins de graisses saturées, plus de marche, objectif de perte de poids de 10 %. Au bout de deux ans, l’indice de masse corporelle du groupe actif était passé de 36,9 à 31,2, et son score IIEF de 13,9 à 17. Un score de 22 ou plus, la zone de fonction normale, était atteint par 17 hommes sur 55, contre 3 sur 55 dans le groupe témoin.

Une journée type à partir des essais

Un homme de 52 ans, 1,78 m pour 98 kg, score IIEF-5 à 17, qui voudrait reproduire les menus des études composerait ainsi sa journée :

  • matin : deux cafés filtres et une orange pressée (caféine et flavanones) ;
  • midi : poisson, légumes, pain complet, huile d’olive ;
  • après-midi : 150 g de myrtilles ou de fraises ;
  • soir : légumineuses ou volaille, salade, deux ou trois tranches de pastèque en saison ;
  • à côté : 30 à 45 minutes de marche rapide la plupart des jours.

Rien dans cette liste ne remplace un comprimé un soir donné : les effets mesurés s’installent sur des mois. Mais les chiffres de Naples montrent qu’une perte de poids d’environ six points d’IMC a déplacé le score d’érection de trois points en moyenne.

Huîtres, gingembre, piment : les réputations sans essai

Les huîtres sont très riches en zinc, nécessaire à la fabrication de la testostérone, mais un apport supplémentaire n’a d’effet mesurable que chez les hommes carencés. Le gingembre, le piment, le céleri et le safran circulent dans les listes d’aphrodisiaques ; seul le safran a fait l’objet de petits essais iraniens, aux résultats contradictoires. Pour ces aliments, la réputation précède les données.

Vos questions

Quel fruit est bon pour l'érection ?

La pastèque apporte de la citrulline ; donnée à raison de 1,5 g quotidiens, elle a produit une amélioration chez la moitié des hommes dans un petit essai italien. Les fraises, myrtilles et agrumes sont associés à un risque de troubles de l'érection inférieur de 9 à 11 % dans une cohorte de plus de 25 000 hommes.

Combien de pastèque faut-il manger pour avoir un effet ?

Aucun essai n'a testé la pastèque entière : l'étude de référence utilisait des gélules de citrulline. Selon la variété, retrouver la même dose demande de quelques centaines de grammes à plusieurs kilos de chair, l'écorce blanche étant plus concentrée que le cœur.

Est-ce que le jus de grenade marche comme le Viagra ?

Non. Dans l'essai de 2007, 47 % des hommes ont noté un mieux sous jus contre 32 % sous placebo, un écart non significatif. Le sildénafil fait réussir environ deux tiers des rapports tentés dans ses essais.

Le café aide-t-il à avoir une érection ?

Une analyse américaine de 2015 associe deux à trois tasses par jour à une probabilité de dysfonction érectile inférieure de 42 %. C'est une corrélation observée, absente chez les hommes diabétiques, et non un effet immédiat avant un rapport.

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