Passer au contenu

7Psychologie

Sexothérapie : séances, méthodes et durée

Rédigé par Franck · mise à jour 27 octobre 2026 · lecture 5 min

La sexothérapie soigne les troubles sexuels par des entretiens et par des exercices pratiqués à la maison, seul ou avec sa partenaire. Pour l’impuissance, elle vise la part psychologique du trouble : anticipation de l’échec, évitement, malentendus dans le couple. Elle se pratique seule ou en parallèle d’un comprimé, et les essais publiés montrent un effet qui persiste après la fin des séances.

Les praticiens et leur formation

Le titre de sexologue n’étant pas réglementé, trois parcours mènent à la pratique de la sexothérapie en France :

Praticien Formation Peut prescrire Remboursement
Médecin sexologue Diplôme de médecine + diplôme interuniversitaire de sexologie en trois ans Oui : bilan sanguin, IPDE5, injections 70 % du tarif conventionné, médecin traitant déclaré ou adressage
Psychologue Master de psychologie, souvent complété par une formation en sexologie Non Dispositif Mon soutien psy s’il y adhère
Sexothérapeute non médecin École privée, durée et programme variables Non Aucun par l’Assurance maladie, forfaits possibles par la mutuelle

L’annuaire santé d’Ameli et le répertoire RPPS confirment le statut d’un médecin ou d’un psychologue. Pour un trouble de l’érection, le médecin sexologue cumule les deux approches ; avec un psychologue ou un sexothérapeute, le bilan médical se fait en parallèle chez le médecin traitant.

La première séance

Le praticien reconstitue l’histoire du trouble : date de la première panne, circonstances, évolution, présence des érections nocturnes, situations où l’érection tient et où elle lâche. Il interroge sur la santé générale, les médicaments, l’alcool, le tabac, et sur la relation : durée, fréquence des rapports, façon dont le couple en parle.

Plusieurs outils structurent l’évaluation : l’IIEF-5 pour la fonction érectile, des échelles d’anxiété ou de dépression, parfois des questionnaires de satisfaction conjugale. La séance se termine en général par une proposition de cadre : nombre de rendez-vous envisagés, rythme, présence ou non de la compagne, premiers exercices.

Les méthodes employées

Le focus sensoriel

Mis au point par William Masters et Virginia Johnson et décrit dans Human Sexual Inadequacy en 1970, le focus sensoriel organise le retour à la sexualité en paliers, avec interdiction initiale de la pénétration :

  1. caresses du corps entier, seins et organes génitaux exclus, chacun à son tour, sans objectif d’excitation ;
  2. ajout des seins, puis des organes génitaux, toujours sans pénétration ni recherche d’orgasme ;
  3. la partenaire au-dessus, introduction de la verge sans mouvement, simplement pour la sensation ;
  4. reprise progressive des mouvements et du rapport complet.

Chaque palier dure le temps qu’il faut au couple pour le vivre sans tension. L’interdiction retire l’enjeu ; l’érection revient souvent alors qu’elle n’est pas demandée.

La thérapie cognitive et comportementale

Elle repère les pensées automatiques (« encore raté ce soir », « elle finira par partir »), les confronte aux faits et réduit les conduites d’évitement : se coucher plus tard, esquiver les caresses, multiplier les prétextes. Elle intègre souvent le focus sensoriel.

L’approche de couple

Quand la panne s’inscrit dans un conflit, une rancune ou une communication bloquée, le travail porte sur la relation. La thérapie de couple d’inspiration systémique regarde le rôle que joue le symptôme dans l’équilibre des deux partenaires.

Le travail en groupe

Quelques équipes réunissent plusieurs hommes avec un ou deux thérapeutes : information sur la physiologie, partage, exercices à domicile. C’est le format le mieux évalué dans les essais. Le groupe a un effet propre : beaucoup d’hommes y découvrent que la panne est banale, ce qui retire une part de la honte qui entretient le trouble.

Les résultats publiés

J’ai relevé dans la revue Cochrane de Melnik (2007), qui réunit 11 essais et 398 hommes, les chiffres suivants :

  • la thérapie de groupe réduit la persistance de la dysfonction de 60 % par rapport à l’absence de traitement (risque relatif 0,40, 5 essais, 100 hommes) ;
  • la thérapie sexuelle de groupe ciblée obtient une réponse chez 95 % des participants, aucun dans les groupes témoins (2 essais, 37 hommes) ;
  • l’effet se maintient à six mois ;
  • le groupe associé au sildénafil fait mieux que le sildénafil seul, avec moins d’abandons du traitement ;
  • la différence avec les injections ou la pompe à vide n’est pas significative.

Les effectifs restent petits et les essais anciens, ce que la revue souligne elle-même. Ils dessinent toutefois une tendance cohérente : l’association d’un travail psychologique et d’un IPDE5 améliore la persistance du résultat.

Durée et budget

Un suivi se compte en mois. Le rythme habituel est d’un rendez-vous toutes les deux à trois semaines, pour laisser le temps aux exercices d’être pratiqués. Les tarifs relevés en 2026 :

  • médecin sexologue en secteur 1 : tarif conventionné de la consultation de médecine générale, 30 € ;
  • médecin sexologue en secteur 2 : souvent 50 à 80 €, avec une base de remboursement inchangée ;
  • psychologue partenaire de Mon soutien psy : 50 € la séance sans dépassement, 12 séances par an, 60 % à la charge de l’Assurance maladie et 40 % de la complémentaire, accessible sans ordonnance depuis juin 2024 ;
  • sexothérapeute ou psychologue hors dispositif : 50 à 100 €, non remboursé, certaines mutuelles versant un forfait de 30 à 50 € par séance dans la limite d’un plafond annuel.

Exemple de suivi

Un couple de 41 et 39 ans consulte un médecin sexologue. Lui perd son érection lors de la plupart des rapports depuis la naissance de leur deuxième enfant, il y a un an et demi. Ses érections matinales sont normales, son bilan sanguin aussi. Son IIEF-5 est à 14.

Le médecin propose huit séances sur quatre mois, dont cinq à deux. Les trois premières semaines, le couple pratique deux séances de caresses par semaine, sans pénétration. Une ordonnance de tadalafil 5 mg en prise quotidienne couvre les deux premiers mois. À la sixième séance, les rapports ont repris une fois par semaine ; au quatrième mois, le tadalafil est arrêté et le score atteint 23. Je reprends cet enchaînement, typique, des modèles combinés décrits dans les études : comprimé de soutien, exercices gradués, sortie progressive du traitement.

Vos questions

Combien de séances de sexothérapie faut-il pour une impuissance ?

Le nombre dépend de l'ancienneté du trouble et de la situation du couple. Une panne récente liée à l'anxiété se travaille en quelques séances ; une dysfonction installée depuis des années, avec un couple qui s'évite, demande plusieurs mois.

Est-ce que la sexothérapie est remboursée ?

La consultation d'un médecin sexologue est remboursée sur la base du tarif conventionné. Un psychologue adhérent à Mon soutien psy facture 50 € la séance, remboursés à 60 % par l'Assurance maladie, dans la limite de 12 séances par an. Chez un praticien sans diplôme médical ni titre de psychologue, seule la mutuelle peut intervenir.

Quelle différence entre sexologue et sexothérapeute ?

Le sexologue est le plus souvent un médecin ou un psychologue formé à la sexologie, alors que sexothérapeute désigne toute personne qui pratique la thérapie sexuelle, quelle que soit sa formation. Seul le médecin peut prescrire des examens et des médicaments.

Faut-il venir en couple chez le sexothérapeute ?

Ce n'est pas obligatoire, mais les exercices de focus sensoriel se pratiquent à deux et plusieurs séances communes sont souvent proposées. Un homme seul peut aussi suivre une thérapie cognitive individuelle ou rejoindre un groupe.

Sur le même sujet