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Remèdes anciens contre l’impuissance, de l’Égypte au XIXe siècle

Rédigé par Franck · · lecture 6 min

Boiseries et pots à pharmacie d'une ancienne apothicairerie baroque
L'ancienne apothicairerie de l'hôpital de Kuks (Bohême) Crédit : Jiří Sedláček · CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Les remèdes anciens contre l’impuissance reposent presque tous sur la même logique : manger, porter ou appliquer quelque chose qui ressemble à un sexe vigoureux ou qui vient d’un animal réputé fécond. De la laitue consacrée au dieu égyptien Min aux injections de testicules broyés de 1889, quatre mille ans de recettes défilent, et une seule invention de la période, la pompe à vide, a survécu sous une forme moderne.

Égypte : Min, la laitue et les papyrus

Les Égyptiens de l’époque pharaonique décrivent déjà l’impuissance et consignent des méthodes pour accroître la puissance sexuelle. Le dieu Min, représenté le sexe dressé, préside à la fertilité. On lui associe la laitue, une variété haute dont la tige coupée libère un suc blanc et laiteux, rapproché du sperme par les fidèles. Les papyrus médicaux, dont le papyrus Ebers, rédigé vers 1550 avant notre ère, regroupent des centaines de préparations à base de plantes, de miel, de graisses animales et de minéraux, appliquées en onguent ou avalées.

Grèce et Rome : orchis, satyrion et talismans

Le monde grec et romain pousse le raisonnement par analogie jusqu’au vocabulaire. L’orchis doit son nom au mot grec qui désigne le testicule, à cause de ses deux tubercules arrondis. Les auteurs antiques, dont Pline l’Ancien, parlent d’un satyrion, plante réputée exciter le désir, en référence aux satyres de la mythologie. Les hommes portent aussi des talismans fabriqués à partir des organes génitaux de coqs ou de boucs, et les Romains consomment les sexes d’animaux connus pour leur ardeur, comme le lièvre.

Époque Remède Logique invoquée
Égypte pharaonique laitue de Min, onguents suc laiteux, culte de la fertilité
Antiquité gréco-romaine orchis, satyrion, talismans de coq ou de bouc forme de testicule, animal ardent
XIIIe siècle pénis de loup rôti (Albert le Grand) force du prédateur
XVIe-XVIIe siècle mandragore, plantes « signées » racine à silhouette humaine
XVIIIe siècle cantharide irritation des voies urinaires
XIXe siècle électricité, pompe, extrait testiculaire stimulation nerveuse, aspiration, hormones

Moyen Âge et Renaissance : loup rôti et mandragore

Au XIIIe siècle, le dominicain Albert le Grand, l’un des savants les plus lus de son temps, recommande le pénis de loup rôti parmi d’autres recettes. La mandragore traverse les siècles depuis la Bible, où Rachel cède à sa sœur Léa une nuit avec Jacob pour obtenir les mandragores qu’elle détient. Sa racine fourchue, parfois taillée pour accentuer une silhouette humaine, se vend cher. Elle contient des alcaloïdes proches de l’atropine, qui donnent une bouche sèche et des hallucinations à forte dose, sans action démontrée sur l’érection.

La Renaissance formalise la théorie des signatures : la nature aurait marqué chaque plante d’un signe indiquant son usage. Une racine en forme de verge soignerait la verge, une graine en forme de testicule soignerait les testicules. J’ai relevé ce raisonnement sous des formes presque identiques dans les traités d’apothicaires de plusieurs pays, ce qui explique la longévité des mêmes ingrédients.

La cantharide, de Marseille au tribunal

La cantharide, ou mouche d’Espagne, est un coléoptère vert séché et réduit en poudre. Elle contient de la cantharidine, une substance qui irrite fortement les voies urinaires. L’inflammation provoque une congestion du bassin et parfois une érection douloureuse et prolongée, proche du priapisme, que les contemporains confondent avec un regain de vigueur. À dose un peu plus élevée, la poudre brûle les reins et la vessie.

L’épisode le plus célèbre se joue à Marseille en juin 1772 : le marquis de Sade offre à des prostituées des pastilles à la cantharide. Plusieurs tombent malades, une enquête est ouverte, et le marquis est condamné à mort par contumace à Aix, peine qu’il ne purgera pas. À la fin du XVIIIe siècle, le charlatan anglais Samuel Solomon vend encore un « baume de Galaad » mêlant cardamome, eau-de-vie et cantharide.

XIXe siècle : électricité et pompe à vide

Le siècle de la science expérimentale apporte deux nouveautés. La première est le galvanisme : des électrodes posées sur la colonne vertébrale, le périnée, les testicules ou la verge envoient un courant censé réveiller les nerfs. Le médecin américain William Hammond, ancien chef du service de santé de l’armée de l’Union, en détaille les montages dans un traité sur l’impuissance masculine publié en 1883.

La seconde est mécanique. Au début du XIXe siècle, le médecin français Vincent Marie Mondat décrit un appareil qui crée une dépression autour de la verge pour y attirer le sang. Le principe est exactement celui de la pompe à vide vendue en 2026 : un cylindre, une aspiration, puis un anneau à la base pour retenir le sang. C’est le seul remède de la période dont l’efficacité a été confirmée par des études modernes.

1889 : Brown-Séquard s’injecte des testicules

Le cas le plus documenté de la fin du siècle mérite d’être déroulé en détail. Charles-Édouard Brown-Séquard, physiologiste réputé, successeur de Claude Bernard au Collège de France, expérimente depuis 1875 des extraits de testicules d’animaux. En 1889, à 72 ans, il s’injecte sous la peau un liquide obtenu en broyant des testicules de chien et de cobaye, mêlés à du sang veineux testiculaire et à du liquide séminal, puis filtrés.

  • Il répète les injections pendant plusieurs semaines.
  • Devant la Société de biologie, à Paris, il annonce un regain de force physique et de capacité intellectuelle.
  • Des laboratoires commercialisent rapidement des extraits testiculaires inspirés de son « liquide », vendus aux hommes vieillissants dans toute l’Europe et aux États-Unis.

Les reconstitutions modernes de sa préparation, publiées notamment dans le Medical Journal of Australia en 2002, montrent qu’un extrait aqueux de testicules ne contient qu’une quantité infime de testostérone, très loin d’une dose active. L’effet décrit par Brown-Séquard relève du placebo. Son intuition, en revanche, ouvre la voie à l’endocrinologie : en 1935, Adolf Butenandt synthétise la testostérone, ce qui lui vaut le prix Nobel de chimie en 1939. Le traitement d’une testostérone basse réellement mesurée descend de cette lignée.

L’épilogue des greffes de singe

L’élan de Brown-Séquard déborde sur le XXe siècle. Le 12 juin 1920, le chirurgien Serge Voronoff, installé à Paris, greffe du tissu testiculaire de chimpanzé sur un homme ; en 1923, il revendique 44 opérations. À Vienne, Eugen Steinach propose dès 1918 une ligature des canaux déférents censée rajeunir, que subissent Sigmund Freud et le poète W. B. Yeats. Aucune de ces interventions ne relève le taux de testostérone. Je les rattache aux recettes anciennes parce qu’elles reposent sur la même promesse que la laitue de Min : transférer la vigueur d’une source extérieure à l’homme qui l’a perdue.

Vos questions

Comment soignait-on l'impuissance autrefois ?

Par des plantes réputées aphrodisiaques comme l'orchis ou la mandragore, des talismans, des organes d'animaux et, au XVIIIe siècle, la poudre de cantharide. Le XIXe siècle ajoute l'électricité, la pompe à vide et les extraits de testicules.

Qu'est-ce que la mouche cantharide ?

C'est un coléoptère vert séché et pulvérisé, qui contient de la cantharidine. La substance irrite les voies urinaires et peut provoquer une érection douloureuse, au prix de lésions des reins et de la vessie.

Est-ce que l'élixir de Brown-Séquard fonctionnait ?

Non : les reconstitutions modernes montrent que son extrait de testicules ne contenait presque pas de testostérone. L'amélioration qu'il décrivait en 1889 s'explique par l'effet placebo.

Depuis quand existe la pompe à vide pour l'érection ?

Le médecin français Vincent Marie Mondat en décrit une au début du XIXe siècle. Le principe, une aspiration autour de la verge suivie d'un anneau à la base, n'a guère changé depuis.

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